Le Conseil d’orientation pour l’emploi a adopté un rapport sur
l’accompagnement vers et dans l’emploi.
Alors que l’offre d’accompagnement des actifs, en
emploi ou non, est abondante et diverse, le Conseil a voulu répondre aux
questions suivantes :
- quelle est la nature et
l’intensité des besoins d’accompagnement ?
- quelles sont les bonnes
pratiques pour favoriser le retour à l’emploi ou un meilleur positionnement sur
le marché du travail ?
- quelles orientations
devraient être mises en œuvre pour renforcer la pertinence, la qualité et
l’efficacité de l’accompagnement ?
Les discussions au sein du Conseil se sont tenues sur la base d’un important
programme d’auditions de spécialistes de l’accompagnement et de chercheurs,
français et étrangers, ainsi que sur une revue des évaluations, françaises et
internationales, de dispositifs d’accompagnement.
Accompagner, pourquoi ?
Accompagner signifie « être avec », « aller vers ».
C’est guider, appuyer, soutenir, aider.*1 « Il ne s’agit pas d’imposer une
façon d’agir aux personnes accompagnées, mais plutôt de leur donner, de manière
personnalisée, appui et conseils dans la construction et la gestion de leur
parcours. Et cela, compte tenu de leurs aspirations, de leurs compétences et de
la situation et des perspectives du marché du travail pertinent pour
elles » explique Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil.
Dans son rapport, le Conseil éclaire le besoin d’accompagnement au regard
des mutations actuelles du marché du travail, marqué par des transitions de
plus en plus nombreuses, des passages plus fréquents entre emploi et chômage
mais aussi entre différents statuts d’emploi, et l’accélération du
renouvellement des besoins en compétences. L’évolution des aspirations des
actifs va dans le même sens : ils souhaitent, dans une proportion
significative, changer d’emploi, selon les cas pour augmenter leurs revenus,
trouver un emploi plus intéressant ou une situation plus stable. Cela implique
une gestion proactive, la préparation de mobilités et donc une demande
d’accompagnement. « Et cela même si toute le monde n’a pas besoin d’être accompagné
ni a fortiori être accompagné tout le temps », précise Marie-Claire
Carrère-Gée.
L’efficacité à l’épreuve de l’évaluation
L’accompagnement a pour objectifs de permettre aux personnes de rechercher
et d’avoir un emploi - le meilleur emploi -, plus rapidement et plus
efficacement, et de mieux se positionner sur le marché du travail. Au niveau
global, on peut théoriquement en attendre un meilleur appariement et donc un
marché du travail qui fonctionne mieux, avec des conséquences positives sur la croissance
et la productivité ; l’accompagnement peut aussi avoir pour effet de
redistribuer les opportunités d’accès à l’emploi, avec de possibles
conséquences négatives pour celles et ceux qui ne sont pas ou qui sont moins
accompagnés.
De nombreux travaux ont étudié l’efficacité des différents types
d’accompagnement. Il apparaît d’abord que, « parmi les politiques actives
du marché du travail, l’accompagnement constitue une méthode relativement peu
coûteuse au regard des résultats obtenus », souligne Marie-Claire
Carrère-Gée.
Les travaux d’évaluation disponibles montrent ainsi que :
- les entretiens de suivi
et d’accompagnement des demandeurs d’emploi ont un effet globalement positif
sur le retour à l’emploi, plus mitigé pour les personnes vulnérables s’ils ne
sont pas convenablement calibrés ;
- les contrôles et
sanctions peuvent avoir lorsqu’ils sont crédibles un effet positif sur le
retour à l’emploi, avec cependant un effet potentiellement négatif sur la
qualité de l’emploi retrouvé ;
- les programmes
d’accompagnement renforcé ciblés sont généralement efficaces sur le retour à
l’emploi et la qualité des emplois, à condition d’être complets dans leur
conception et intensifs dans leur mise en œuvre.
Parmi les paramètres dont dépend l’efficacité de l’accompagnement, on
retiendra notamment :
-
l’intérêt d’un
accompagnement précoce et régulier ;
-
une articulation souple
et personnalisée des différentes modalités et prestations
d’accompagnement ;
-
la connaissance par le
conseiller des entreprises du territoire ;
-
une démarche
collaborative de la part des conseillers avec les demandeurs d’emploi
accompagnés ;
-
la diffusion
d’informations sur le marché du travail, notamment via les outils numériques,
qui réduit les délais de retour à l’emploi.
Le paysage actuel de l’accompagnement
Le rapport montre que la notion d’accompagnement a d’abord été mobilisée
dans le champ social. Elle s’est ensuite étendue à l’appui aux demandeurs
d’emploi et vise désormais l’ensemble des actifs pour la gestion de leurs parcours
professionnel. De là résultent une offre plurielle et des conceptions de
l’accompagnement variées selon les acteurs.
« Le paysage des acteurs de l’accompagnement est dispersé, voire
éclaté, explique Marie-Claire Carrère-Gée. C’est bien, parce que l’offre est
riche et souvent spécialisée. Mais cela rend plus difficile de s’assurer de la
bonne circulation de l’information, de la qualité de l’offre, et de l’accès
effectif des personnes au service qui sera le meilleur pour eux au moment où
ils en ont besoin. »
Les évolutions en cours
Le rapport du Conseil montre que la professionnalisation des accompagnants
est relativement hétérogène. Il n’existe pas de « profil type » du
professionnel de l’accompagnement. La professionnalisation progresse, mais elle
n’est pas achevée. L’offre de formation spécialisée reste modeste, la place de
la formation continue est prépondérante. La professionnalisation passe
désormais aussi par l’appropriation des outils numériques et de nouvelles
pratiques comme le travail collaboratif. Une tendance à la labellisation et à
la certification des structures se dessine, dans le cadre de démarches
« qualité ».
Par ailleurs, l’accompagnement tend à devenir plus personnalisé et cherche à
intégrer les freins périphériques au retour à l’emploi. Des formes
d’accompagnement adaptées aux besoins de certaines catégories de demandeurs
d’emploi, les jeunes par exemple, se développent. Les pratiques
d’externalisation évoluent. Des initiatives de la société civile contribuent à
diversifier et à renouveler l’offre.
La dimension d’accompagnement dans l’emploi se renforce, qu’il s’agisse de
consolider l’insertion des demandeurs d’emploi ou d’aider les personnes en
emploi dans leur transition, dans une logique d’anticipation et de
sécurisation. Le numérique bouleverse ce paysage déjà complexe.
« L’irruption du numérique change la donne, tant pour le service public de
l’emploi et les acteurs de l’accompagnement que pour les personnes en emploi,
comme nous l’avions souligné dans notre rapport consacré à l’impact d’internet
sur le marché du travail », souligne Marie-Claire Carrère-Gée.
Dix priorités
« Réduire fortement et durablement le chômage passe d’abord par une
accélération du rythme de création d’emplois. Mais l’accompagnement peut avoir
des effets positifs, tant pour le retour à l’emploi des personnes concernées
que pour le fonctionnement global du marché du travail » observe
Marie-Claire Carrère-Gée.
Le Conseil a identifié dix priorités constituant autant de lignes
directrices pour s’assurer de la pertinence et de la qualité de
l’accompagnement mis en œuvre pour la recherche d’emploi et la gestion des
parcours professionnels :
- tous les actifs doivent être mieux sensibilisés aux enjeux liés à la
gestion de leur parcours professionnel ;
- l’offre d’accompagnement doit s’adapter aux besoins et aux aspirations des
personnes ;
- l’accompagnement doit se fonder sur une connaissance fine et renforcée du
marché du travail et de ses perspectives d’évolution, ainsi que sur
l’évaluation objective des compétences et aptitudes de la personne ;
- l’offre d’accompagnement doit être mieux connue et plus lisible ;
- les logiques d’accompagnement, encore largement fondées sur des approches
par statut d’activité ou par prestation, doivent mieux prendre en compte la
diversité des parcours et des aspirations des actifs ;
- la professionnalisation de la fonction d’accompagnement doit se
poursuivre ;
- les conséquences de la transformation numérique doivent être mieux
intégrées dans l’offre d’accompagnement ;
- les pratiques d’accompagnement doivent mieux prendre en compte les
résultats des travaux d’évaluation scientifique et les retours
d’expérience ;
- l’expérimentation sociale doit être encouragée ;
- la culture de l’évaluation et du suivi de la performance doit être
généralisée.
*1 Balzani B., Béraud
M., Boulayoune A., Divay S., Eydoux A. et Gouzien A. (2008), L’accompagnement vers l’emploi. Acteurs,pratiques, dynamiques, Rapport final pour la Dares, ministère
de l’Emploi.
Source : http://www.coe.gouv.fr/Detail-Nouveaute.html?id_article=1320
Complément
La
notion d’accompagnement
La notion d’accompagnement est de plus en plus souvent mobilisée dans
le domaine de l’emploi pour qualifier l’action d’institutions, organismes ou
professionnels, du secteur public, mais aussi du secteur privé ou associatif.
Cette place désormais centrale dans le domaine de l’emploi ne doit pas
masquer le fait qu’il s’agit d’une notion relativement récente, pour laquelle
il n’existe pas de définition partagée et qui renvoie dans les faits à une pluralité
de conceptions et de pratiques, pour beaucoup non évaluées.
La notion d’accompagnement est apparue dans les années 1970 dans le
champ de l’action sociale. Elle a investi l’ensemble des politiques sociales,
avec par exemple le secteur du logement ou la politique pour les personnes en
situation de handicap, fait intervenir un grand nombre de professionnels au‐delà
des seuls travailleurs sociaux et ne s’adresse plus seulement aux catégories de
population en situation de précarité.
L’extension de la notion d’accompagnement au domaine de l’emploi est
intervenue dans les années 1980. Avec l’installation d’un chômage de masse, la
question du placement des demandeurs d’emploi s’est en effet imposée, aussi,
comme une question sociale.
Appliquée au domaine de l’emploi, la notion d’accompagnement s’est peu
à peu éloignée de sa signification d’origine pour tendre à se confondre de plus
en plus avec les politiques publiques de lutte contre le chômage.
Cette notion a alors pu être utilisée, sans que cela soit pleinement
pensé et clarifié, de façon indifférenciée pour désigner de manière générale la
prise en charge des parcours des chômeurs, ou d’actions spécifiques de suivi des
personnes en recherche d’emploi.
L’application qui en est faite au sein même du domaine de l’emploi s’élargit
une nouvelle fois aujourd’hui.
Alors que les personnes étaient auparavant accompagnées pour la seule
étape de la recherche d’emploi (on parlait dans les années 1970 de prospecteur
placier), l’accompagnement porte désormais de plus en plus sur l’ensemble du
projet professionnel, depuis le diagnostic de la situation de la personne et l’orientation
et l’information sur le marché du travail jusqu’à un accompagnement dans l’emploi.
De cette histoire et de cette extension du champ de l’accompagnement
résultent des frontières incertaines comme des conceptions différentes de l’accompagnement,
plus ou moins harmonisées entre des acteurs très différents – service public de
l’emploi dans ses différentes composantes, associations, organismes d’insertion,
secteur de l’insertion par l’activité économique, entreprises privées,
professionnels du coaching, etc.
Source :
Rapport "L’accompagnement vers et dans l’emploi" – COE - Juin 2016
English Update added on 2016, 28th september
Back-to-work and on-the-job support - Excecutive summary
In France as in other European countries, the concept
of support is playing an increasingly important role in employment and
insertion policies. Nevertheless, it is still a new notion, with no
generally agreed definition of what constitutes support, which is
currently used to refer to a wide range of concepts and practices.
The Conseil d’orientation pour l’emploi (Employment
Advisory Council, COE) has sought to analyse in greater detail the need
for support and the available offer and to identify key issues for
workers, institutions and public policy. This analysis has been based on
a review of professional practices and the available literature
evaluating their success.
The report identifies ten priorities that can be used
as guidelines to ensure support in job seeking and career management is
both relevant and high quality.
The current state and likely outlook for the job market points to a need for support services for the whole labour force, whether employed or not
The concept of back-to-work and on-the-job support has developed against a background of rapid short-term and structural change in the job market: faster and more diverse career changes; increased risk of unemployment, particularly long-term unemployment; a succession of short-term contracts with a trend toward ever-shorter fixed-term contracts; and alternating phases of employment and joblessness. All of this is in a context of changing models of employment and careers and a demand for new skills in the job market.
These transformations have been accompanied by changes in workers' aspirations and behaviour. More and more people are looking to change jobs to boost their income or to find a more rewarding and stable situation. This requires proactive management, preparation for mobility and, therefore, often a need for support. But the intensity and type of expectations in this area vary widely.
Employment support: intended effects and actual impact
Intended effects
Support is about providing people with the advice, tools and resources they need at the right time in light of their individual circumstances. It is intended to help them find a job – the best possible job – or improve their standing in the job market faster and more effectively than they would otherwise manage alone.
Theoretically, support can help people get back to work in a range of ways. It can stimulate effort and improve the effectiveness of job seeking through better knowledge of the job market and more objective skills assessments.
In theory, a better match between workers and jobs means a better functioning labour market, with positive consequences for productivity and employment. Assuming a fixed number of jobs in the economy, supporting certain categories of job seekers can be seen as a way of redistributing employment opportunities and consequently disadvantaging those who do not benefit from support. Such so-called general equilibrium effects can correspondingly reduce the overall effectiveness of the programme.
Source : Back-to-work and on-the-job support - Excecutive summary
http://www.coe.gouv.fr/Detail-Publication.html?id_article=1336